Jung, Picasso et le bleu

Publié en été 2013
par Gaillard Christian

En septembre 1932 s’ouvrait au Kunsthaus de Zurich la première grande rétrospective de l’œuvre de Picasso. Jung s’y est rendu. Et il a aussitôt été frappé, et touché, par ce qu’il découvrait là. En particulier par les œuvres en bleu de Picasso, qui pourtant étaient assez peu nombreuses dans cette exposition. Il écrivit de là un essai publié dans la Neue Zürcher Zeitung. La même année 1932, peu avant l’article qu’il a consacré à cette exposition, il avait écrit un essai sur l’Ulysse de Joyce. Par son analyse de ces deux essais, l’auteur de cette étude montre comment Jung prend le contre-pied des approches freudiennes des arts en inscrivant la sienne dans la foulée de son expérience de l’écriture et de la peinture de son Livre Rouge. Il démontre aussi que Jung est loin d’être l’antimoderne pour lequel on le fait passer d’ordinaire. Et il souligne qu’à la suite de sa rencontre avec Wilhelm et avant ses travaux sur l’iconographie et la littérature alchimiques, Jung inaugure et déjà développe dans ces essais une observation et une réflexion qui se retrouveront dans une des orientations aujourd’hui parmi les plus fécondes en psychanalyse de l’art : celle qui porte sur les différentes étapes, souvent critiques, des processus de création. Le bleu se révèle alors comme un moment particulier d’un processus spécifique. Avec cette particularité de la démarche de Jung quand il s’agit de processus : sa démarche porte sur « la longue durée », c’est-à-dire sur des transformations en cours non seulement à l’échelle d’une œuvre ou d’une vie, mais aussi à l’échelle de l’histoire d’une culture, la nôtre.

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Gaillard Christian

Christian Gaillard est docteur en psychologie (Sorbonne et EPHE), psychanalyste membre didacticien et ancien président de la Société Française de Psychologie Analytique, ancien président de l’Association Internationale de Psychologie Analytique, professeur et directeur de recherches à l’Institut de l’Environnement, Paris, puis professeur à l’École Nationale Supérieure des Beaux-arts de Paris jusqu’en 2007, chargé de cours à l’Université René Descartes et à l’Institut Jung de Paris.