La Psychose, une réponse à la Peur

Publié en automne 2020
par Bordeleau Daniel

Cet article vise à offrir un modèle de compréhension de l’expérience psychotique, intégrant à une base neurologique des concepts psychologiques utilisés par diverses approches psychothérapeutiques. La pharmacothérapie y occupe une place secondaire, non négligeable.
À partir d’une description détaillée de la réponse neuro-physio-psychologique face à la menace/danger, soit le « figer, fuir, foncer » typique et l’émotion de peur comme indice de cette réponse, nous verrons comment l’enchaînement stimulus-réponse s’applique autant à la réponse anxieuse qu’à la solution psychotique. Un continuum est proposé allant de la phobie simple avec son évitement de type comportemental jusqu’à la psychose et son évitement de nature psychique.
Dans ce modèle, la psychose constitue une forme d’évitement. Elle fait partie d’un système de protection activé lorsque le patient est « menacé » de ressentir un trauma/souffrance/danger « insupportable ». Les réponses de ce système (isolement, hallucinations, délire, etc.) se produisent de manière automatique. Ces réponses psychiques orientent l’attention du patient et celle des soignants à distance de l’objet véritable de la peur. L’origine du problème demeure donc inconsciente pendant que le patient et les soignants sont « occupés » par une « autre réalité », par une peur attribuée à l’extérieur, résultat de la projection de ce qui demeure dénié à l’intérieur.
L’article propose des moyens pratiques illustrés par des exemples permettant de remonter jusqu’à l’objet de la peur à partir du contenu des manifestations psychotiques. Dans le contenu des hallucinations, des phénomènes paranoïdes, des délires et des rêves se trouvent les éléments qui permettent d’éclairer ce qui est évité au moyen de ces manifestations.
En pratique, l’identification de l’objet de la peur ne résout pas tout. Il faut aussi que la souffrance suscitée dans le patient soit contenue, d’abord par le thérapeute, ensuite par le thérapeute avec le patient puis par le patient lui-même. On peut ainsi espérer que le patient se voie libéré de l’emprise du système de protection contre cet objet. Cette personne peut alors devenir libre de vivre sa propre vie. Ce trajet « idéal » est impossible si le thérapeute ne possède pas une représentation adéquate de ce qui se passe à l’intérieur du patient et entre lui et ce patient. Cet article propose une telle représentation.

Bordeleau Daniel

Daniel Bordeleau est médecin, psychothérapeute, analyste jungien et superviseur clinique. Diplômé de l’Inter-Regional Society of Jungian Analysts, il est aussi professeur adjoint de clinique au département de psychiatrie de l’Université de Montréal. Après plus de trente ans de pratique clinique en psychiatrie institutionnelle, il est maintenant membre honoraire du département de psychiatrie de l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal où il offre de la supervision à des psychiatres et des psychologues. Sa pratique psychothérapeutique s’exerce maintenant en bureau privé à Montréal.
Les réponses profondément humaines à certaines situations de vie ont toujours fasciné le docteur Bordeleau. Cet intérêt a conduit à la publication de « Face au suicide » (MNH, 1997), « Les personnages de contes de fées en nous » (Groupéditions, 2010). Dans le même esprit, « La psychose, une réponse à la peur » propose une exploration de la réponse psychotique en tant qu’expérience humaine.