Confession religieuse et expérience spirituelle selon la psychologie jungienne

Publié en automne 2016
par Bonardel Françoise

La question religieuse fut un des principaux motifs de désaccord entre Freud et Jung, ce dernier considérant pour sa part que l’existence d’une « fonction religieuse », avérée par la pratique analytique, n’induit pas forcément la croyance en un Dieu personnel et révélé. De quelle « religion » est-il alors question ? La réponse est loin d’être simple puisqu’en se démarquant aussi bien de l’athéisme que du fidéisme, Jung a tracé une voie nouvelle capable de transformer en « savoir » l’expérience vécue au contact du numineux. Ainsi est-ce une « gnose » (connaissance) qui vient remplacer la foi généralement associée à une appartenance confessionnelle. Si l’expérience se substitue ainsi à la croyance, les contenus archétypiques qu’elle permet de découvrir restituent toutefois aux images et récits traditionnels le sens symbolique que les rituels religieux avaient contribué à évacuer. Loin donc d’être une illusion confortée par des comportements obsessionnels, cette religiosité faite d’attention respectueuse à ce qui advient dans l’âme humaine se révèle partie prenante du processus d’individuation.

Acheter cet article


Bonardel Françoise

Françoise Bonardel est philosophe et écrivain, Professeur émérite de philosophie des religions à l’Université de Paris1-Sorbonne. Elle s’inspire de traditions anciennes (hermétisme, gnose, alchimie) pour renouveler l’approche de questions contemporaines (Des héritiers sans passé – Essai sur la crise de l’identité culturelle européenne, 2010), ou proposer une nouvelle interpréta- tion d’œuvres anciennes : Triptyque pour Albrecht Dürer - La conversation sacrée, 2012). Plus qu’un savoir secret et codé, l’alchimie est pour elle une vision du monde et un état d’esprit dont on peut retrouver la trace toujours vivante dans la pensée et la création modernes (Philosophie de l’alchimie – Grand œuvre et modernité, 1993). Elle est aujourd’hui l’auteur d’une douzaine de livres alliant philosophie et poésie, réflexion sur la religion et sur l’art, et de très nombreux articles pour des revues françaises et étrangères et des ouvrages collectifs (Dictionnaire des femmes mystiques, 2013). Membre de l’Institut d’Études Bouddhique (IEB) depuis 2001, elle y dispense des cours et séminaires portant sur l’acculturation du bouddhisme en Occident et sur ses possibles relations avec la philosophie occidentale (Bouddhisme et philo- sophie, 2008 ; Bouddhisme tantrique et alchimie, 2012). Son prochain essai portera sur la dimension « gnostique » du Livre Rouge de Carl Gustav Jung, et son ouvrage sur le mythe alchimique de guérison traversant les écrits d’Artaud vient d’être réédité (Antonin Artaud ou la fidélité à l’infini, 2014).

Autres articles du même auteur :